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succès, et cet beureux terme de tant d'efforts est en partie l'ouvrage d'une femme. Elle n'a plus désormais qu'à jouir d'une gloire si justement acquise, et tous ses moments peuvent être consacrés sans partage au bonheur de ses sujets.

L'acte qu'elle a remis aux états et par lequel elle s'est engagée à régoer selon les constitutions du royaume (la charte de Gustave-Adolphe, ouvrage d'Oxenstiern) va devenir la regle de sa con: duite. Plus élevée encore au-dessus du vulgaire par l'étendue de son esprit et la grandeur de ses sentiments que par son rang, d'un côté elle oppose une digue à l'ambition effrénée des grands, qui tend sans cesse à franchir les limites qui lui sont tracées; de l'autre, elle récompense les grands services par de grands honneurs.

de grands honneurs. Elle apprend à ceux qui semblent regarder ses choix comme l'ouvrage du caprice, et qui se croient presque déshonorés si on leur donne pour égaux des hommes de mérite, que dans les occasions l'état a besoin de sages conseils et de bons avis, il ne faut pas s'informer des seize quartiers, mais de ce qu'on est en état de faire ; si les enfants des grandes maisons, ajoute-t-elle, ont de la capacité, ils feront fortune comme les autres, sans que cepen. dant il faille se restreindre à un petit nombre de familles ou de personnes. Tirani de ces principes, dailleurs très-bons et qui ont été ceux de tous les souverains distingués de la classe commune, des conséquences peut-être trop rigoureuses, elle doubla presque pendant son regne le nombre de gentilshommes, et il n'y eut pas jusqu'au tailleur de la cour qui n'obtînt cette distinction. Il est probable que cette faveur bizarre fit moins de jaloux que l'élévation du diplomate Salvius au rang de sénateur : c'est à propos de cette nomination que Christine prononça les belles paroles que nous venons.de citer. Oxen. stiern voyait sans doute les choses de la même hauteur, lorsqu'il écrivait à l'ambassadeur de Suéde au congrès : Vous ne savez pas, mon fils, de combien peu

de sagesse il suffit pour régir le monde.

La gloire de ce grand homme jette un tel éclat pendant tout ce temps, et sa modestie en amortit si continuellement les rayons, qu'on se. rait tenté de croire qu'il était la divinité cachée qui présidait à tous les grands événements qui signalerent le regne de Christine. Quoi qu'il en soit, ceux mêmes que des préventions ou des préjugés pourraient disposer moins bien en faveur de cette reine, ne pourront s'empêcher d'avouer qu'elle a noblement joué son rôle tant qu'elle a occupé la scene, et qu'elle mérite au moins la gloire que les plus envenimés détracteurs de Louis XIV n'ont pu refuser à ce monarque, d'avoir été le digne contemporain de tous les grands hommes qui ont illustré son regne, J'examinerai dans un second article les droits qu'eut encore Christine à l'admiration lorsqu'elle eut abdiqué la couronne, et je payerai en même temps à l'auteur de son histoire le tribut d'estime que mérite son ouvrage.

La petite République Française, renouvelée des

Grecs de 1793.

avec

Il y a en ce moment une jolie petite république sur le tapis, dans un des quartiers de Paris où on a long-temps agité toutes les questions relatives au bonheur des peuples. La démocratie pure a enfin prévalu bier au soir comme étant là seule forme capable de rendre le monde heu. reux.... En conséquence, la république française est déjà réorganisée dans la Rue de***,

tous ses accompagnements, tels que la fraternité, égalité, et même la mort qui ne gâte rien. Voici les détails qui me sont parvenus à cet égard, Messieurs, et qui ne peuvent manquer d'intéresser tous les lecteurs, impatients sans doute de vivre libres, égaux, et de mourir par principe.

Douze des freres et amis les plus vertueux de l'an 1793, encore parfaitement sains de corps et d'esprit, prennent sur eux, d'abord, d'être les représentants de la France, et de stipuler son bonhenr, bien sûrs de n'être pas désavoués par elle. En conséquence, ils se rassemblent tous les jours dans une chambre sur le derriere, dans la rue de***, pour représenter le peuple français, et aviser au moyen de le républicaniser entierement. Cette représentation n'a pas une bien grande dignité sans doute, à cause des circonstances ; mais elle fait d'ailleurs tout ce que peut faire une convention en miniature, obligée provisoirement de loger au troisieme étage. Elle n'en est pas moins pourvue de tous les ustensiles néces. saires à une assemblée délibérante. Elle a sa clochette, son fauteuil de président, sa tribune;

elle a son ventre, sa montagne,sa plaine, ses loges pour recevoir quelques fragments du peuple souverain, et de plus, une petite barre pour mander son monde. "Rien n'y manque, tout y est en petit à la vérité: mais c'est bien suffisant pour commencer : petit à petit le républicain fait son nid, comme l'oiseau. J'ai assisté comme traître à quelques séances secretes de ce conventionicule; tout s'y est passé à peu près comme dans la grande convention. Il y a eu des motions de la plus grande force contre l'esprit public, contre plusieurs millions de royalistes, contre les ministres, etc. Tous les rois de l'Europe ont été à l'unanimité déclarés ty. rans, despotes et oppresseurs, et il a été question de les mander tous à la barre, aussitôt que la chose sera possible. Du reste, il y a eu déjà plusieurs accolades fraternelles, plusieurs coups de poing et coups de pieds, distribués parmi les honorables membres, à la suite des discussions un peu vives qu'entraîne toujours la démocratie pure; mais on sait qu'il jaillit toujours beaucoup d'étincelles ou de lumieres de ces débats démocratiques.

Une foule de grandes mesures ont déja été prises par cette assemblée; voici les principales, sauf erreur:

Une société populaire sera organisée provisoirement, en attendant mieux, dans la forêt de Montargis, pour réchaufer les idées de souveraineté du peuple, et pour préluder à ces assem. blées immenses de souverains sans-culottes, qui seuls peuvent sauver la patrie toujours régulierement menacée par l'aristocratie des propriétaires.

Un corps législatif sera institue uniquement pour mettre hors la loi,...

Huit millions cinq cent soixante mille suspects ont déjà été nommés, et composent une liste à peu près complete, sauf les additions commandées par les circonstances. Ces suspects seront d'abord, non pas arrêtés, mais mis en état Vor. XLVIII.

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d'arrestation ; non pas mis en prison, mais seulement dans des maisons de détention, et ensuite jugés par une centaine d'hommes qui ne sont pas suspects.... Le mode d'exécution n'est pas encore arrêté définitivement.

Tous les hommes qui sont opprimés dans nos différents ports de la Méditerranée et de l'Océan seront incontinent relâchés et pourvus des plus éminentes places de la république.

Une demi douzaine de gens de lettres de la plus grande force ont été mis en réquisition pour avoir de l'esprit, s'ils peuvent, contre tous les royalistes. Ces gens de lettres ont même reçu l'ordre d'être plaisants sous peine de mort ; car on obtient tout avec cette simple peine dans une démocratie bien constituée.

Enfin cet échantillon de république a déjà le plus grand succès. Tout fait croire qu'elle pour. rait réussir en grand, si on en juge par ce qui se passe dans la rue de *** Plusieurs autres petites rues ont déjà été gagnées, sans parler de deux culs-de-sacs et de trois carrefours entieremens dévoués. Les principes fondamentaux courent déjà librement sous les galeries de bois, dans le café des Aveugles, dans un estaminet et dans un cabinet de lecture.

La musique républicaine sera aussi rétablie dans toute son harmonie et sa mélodie, de nouvelles variations seront faites sur la Marseillaise et la Carmagnole, pour remplacer les bolero et les airs italiens qui seront déclarés suspects et attentatoires à la souveraineté du peuple. Il est question aussi de la peine de mort contre tout écrivain qui ne s'affranchira pas des regles de la grammaire, et qui écrira correctement, ce qui est une marque d'esclavage. La démocratie pure est essentiellement ennemie de tout agrément, de toute correction, parce que les agréments et la pureté du langage amollisent les peuples et les détour. nent de l'exercice des droits de l'homme,

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