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Chec. Sept. 13, 1966

ARCHIVES DIPLOMATIQUES

1873

DOCUMENTS

RELATIFS A LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE 1871-1872

(Suite)

N° 1113.

M. BANCROFT A M. HAMILTON FISH.

Berlin, le 23 février 1871.

Sir, l'espoir d'une paix immédiate continue, quoique le moment décisif soit attendu non sans quelque inquiétude; les troupes sont en mouvement, de manière à faire face aux événements.

Afin de comprendre la situation de la France, il est seulement nécessaire de noter les événements militaires à l'aide desquels Gambetta espérait établir sa dictature au mois de janvier,

Le général Roye, avec son corps d'armée, soutenu par les troupes du Havre, devait chasser les Allemands de Rouen.

ARCH. DIPL. 1873,

TOXE I.

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Le général Faidherbe devait couper les communications des Alle. mands dans le Nord-Est et dans l'Est.

Bourbaki et Garibaldi, en menaçant Belfort, devaient attirer vers eux l'armée du prince Frédéric-Charles, et, de cette manière, la route était ouverte au général Chanzy pour, du Mans, aller délivrer Paris.

Mais le général Roye a été repoussé avec une perte de 12,000 hommes faits prisonniers ; le général Faidherbe avec une perte de 11,000; Chanzy, 24,000; Bourbaki, 30,000, et plus de 80,000 entrés en Suisse.

En tués et blessés, les pertes de ces armées, y comprises celles des sorties de Paris, s'élèvent à 41,000 hommes; de sorte que, en dehors des pertes de Garibaldi et des francs-tireurs, la France a perdu environ 200,000 hommes d'armée active en dehors de Paris, durant le mois de janvier seulement. Ajoutez à cela 150,000 hommes qui se sont rendus lors de la capitulation de Paris, sans compter la garde nationale, et l'on voit que dans le mois de janvier les forces effectives de la France ont été diminuées d'au moins 350,000 hommes. En regard, les pertes des Allemands s'élèvent à environ 10,000 hommes.

C'est ainsi que fut mis fin à la dictature de Gambetta et que la France a été forcée à la nécessité d'accepter des conditions de paix qui sont presqu'une capitulation, Je suis, etc.

Signé : BANCROFT.

No 1114.

LE COMTE DE GRANVILLE A LORD A. LOFTUS, A BERLIN.

Foreign-office, le 24 février 1874.

Mylord, le Gouvernement de la Reine, quoique n'étant pas informé des autres conditions proposées pour la paix, a compris de ce que lui a dit l'ambassadeur de France que l'indemnité de guerre demandée par l'Allemagne était de six milliards de francs, à payer presque immédiatement, sauf quelques diminutions non encore arrêtées.

Son Excellence a représenté au Gouvernement de la Reine qu'il serait impossible pour le Gouvernement français de payer une pareille somme, et qu'il y aurait déloyauté de sa part à prendre un engagement qu'il savait être absolument au delà de ses forces de remplir, et il demande au Gouvernement de Sa Majesté d'exposer au Gouver

nement allemand l'impossibilité dans laquelle il se trouve de payer une semblable somme. Le Gouvernement de la Reine ressent la situation difficile que

lui crée son ignorance des offres faites par la France, et il n'oublie pas que l'Angleterre ne compte que comme une unité parmi les puissances neutres qui sont toutes liées par des obligations d'amitié envers les deux parties.

Néanmoins, le Gouvernement de Sa Majesté est disposé, en considération de l'urgence extrême, à ne pas perdre de temps à faire des représentations à l'Allemagne au sujet du montant de cette indemnité et à employer ses bons offices dans un esprit d'amitié envers les deux parties, convaincu qu'il est de l'intérêt de l'Allemagne, aussi bien que de la France, que le montant de l'indemnité ne soit pas plus élevé que celui dont l'on peut vraisemblablement attendre le paiement. Recevez, etc.

Signé : GRANVILLE

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Mylord, je vous adresse, sous ce pli, copie d'une lettre de M. Jules Favre au sujet de la nomination du duc de Broglie comme ambassa-deur de France à cette cour, que Son Excellence m'a remise entre les mains.

J'ai exprimé à l'ambassadeur de France mes remerciments pour la teneur amicale de cette communication; mais j'ai fait observer qu'il s'y trouvait une phrase que je ne pouvais de mon côté admettre, celle qui, tout en rappelant les relations amicales qui ont existé depuis si longtemps entre l'Angleterre et la France, impliquait un certain désappointement de ce qu'au jour de semblables épreuves, l'Angleterre se fût abstenue de lui donner son aide. Je comprenais parfaitement que la France eût ressenti quelque irritation, raisonnable ou non, de ce qu'un vieil allié ne vînt pas d'une façon active à son aide; mais nous avions adopté la neutralité comme étant la ligne de conduite que ce pays était tenu de suivre dans le conflit que nous nous étions efforcés de prévenir. Toutefois, dans cette neutralité, nous avons été dirigés par les sentiments les plus amicaux, compatibles avec les devoirs d'impartialité.

Le duc de Broglie m'a répondu que la France trouvait que notre conduite était froide, qu'elle avait éprouvé du désappointement à propos de la non-reconnaissance de la République et de notre indifférence aux souffrances de la France; mais que toutes les questions de cette nature étaient maintenant du domaine du passé, et qu'il désirait seulement me parler du présent et de l'avenir.

On a dit au Gouvernement de la Reine que M. Jules Favre connaissait les conditions de la paix; cela n'était pas exact, a dit le duc, M. Jules Favre ne les connaissait pas au moment où cela a été rapporté.

Le duc me dit qu'il n'était pas bien renseigné à cet égard. Il avait vu M. Thiers après sa première entrevue avec le comte de Bismarck, cette semaine. Il n'avait été question que de la prolongation de l'armistice, qui était absolument nécessaire et qu'il a fallu arracher de l'Empereur et de son ministre. Il avait encore vu M. Thiers après sa seconde entrevue. M. Thiers avait cru devoir être très-réservé avec lui sur les questions de politique et de territoire, mais il Ini avait mentionné la demande de cinq milliards, et lui avait parlé de l'impossibilité absolue d'y satisfaire, ajoutant qu'il ne serait pas honnête de promettre ce qu'on ne pourrait tenir.

Le duc de Broglie dit, dans ces circonstances, que, malgré l'abandon des anciens principes du droit européen, le Gouvernement français pensait avoir le droit de demander à l'Angleterre si elle n'avait pas de proposition à faire. Des discours avaient été prononcés dans le Parlement pour déclarer que le Gouvernement de la Reine ne négligerait aucune occasion favorable pour amener une paix durable, et le temps pressait.

Il se réservait le droit de nous soumettre les questions territoriales et politiques, mais la question financière était toute simple et un fait avéré. Pourrions-nous ne rien faire ?

J'expliquai au duc de Broglie les difficultés de la situation; je lui fis remarquer que la non-reconnaissance par nous du Gouvernement provenait du fait du dernier Gouvernement, qui avait refusé de convoquer une Assemblée susceptible de lui donner une sanction, refus que, je le savais, M. Thiers avait désapprouvé.

Il y a, en outre, un manque d'entente parmi toutes les puissances de l'Europe, même pour examiner toute proposition que la France pourrait faire, et nous n'étions pas en mesure d'employer un langage plus énergique que celui auquel nous avions l'intention de nous tenir; que, individuellement, je me demandais si un avis amical, que les

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