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DES

QUESTIONS HISTORIQUES

FONDÉE PAR M. LE MARQUIS DE BEAUCOURT

QUARANTE ET UNIÈME ANNÉE

NOUVELLE SÉRIE. - TOME XXXVI

(LxxX DE LA COLLECTION)

PARIS

BUREAUX DE LA REVUE

5, RUE SAINT-SIMON, 5

A MASIS

ET

LA CIUTE DE L'EMPIRE EGYPTIEN !

Les princes révolutionnaires furent nombreux en Égypte.

Bien curieuse surlout est, dans l'histoire de ce pays, la figure du roi Amasis.

C'était, comme Horemhebi, un parvenu, mais sorti des couches plus profondes. Egyptien de race d'ailleurs, à la différence d'Horemhebi, il avait pour les traditions de son pays un plus profond mépris encore.

Le Phénicien Horemhebi, dont nous avons ailleurs 2 raconté la vie, pouvait être excusable quand il rompait avec le code de la vallée du Nil, pour se rapprocher de celui que sa patrie d'origine avait emprunté à la Chaldée. Il n'en était pas de même pour le fils de la femme Tapert, né au bourg de Siouph du nome saïtique, qu'aucun lien ne rallachait à l'étranger. Il est vrai qu'issu de la plebe la plus vulgaire, il devait avoir pour les castes nobles une haine facilement explicable. Or, sous le régime de la législation amonienne, c'étaient les grands qui, de nouveau, gouvernaient tout.

Peut-être sera-l-il bon de jeter ici un coup d'ail sur la constilution qui régissait la vallée du Nil, quand Amasis vint la changer.

i Ce travail a été lu à l'École du Louvre au début de l'année scolaire 19021903, c'est-à-dire dans la leçon d'ouverture du cours de droit égyptien et dans les leçons suivantes.

* J'ai écrit l'histoire d'Horemhebi et de ses réformes dans la Revue des questions historiques, juillet 1903, sous ce titre : Un prince révolutionnaire dans l'ancienne Égypte.

Le vrai roi d'Egypte alors, c'était le grand dieu Amon de Thèbes. Le pharaon en litre n'était censé que son vicaire. L'oracle lui prescrivait la conduite à tenir même dans les choses politiques ou administratives. Fallait-il nommer tel fonctionnaire, conserver lel complable accusé de péculat? Vite, on consultait le dieu. Fallait.il juger si l'acte d'un fonctionnaire était légitime, poursuivre lel criminel, lel voleur avéré ? Même consultation obligatoire. Le dieu voyait s'il voulait accorder aux ennemis du roi une amnistie générale, ou s'il voulait les faire punir avec rigueur. Il agissait tantôt d'une façon, lantôt de l'autre. Personne n'avait à disculer ses décisions. C'étail lui qui, souvent, prenait l'initiative de dénoncer les coupables. En droit civil privé, il intervenait avec une semblable autorité. La loi publique formulée par lui avait interdil toute intervention de l'argent dans la transmission des biens-fonds. Elle avait consacré les droits absolus' de la famille et de la gens ou de la tribu, usufruitiers d'une terre qui, en principe, n'appartenait qu'au dieu. Et encore faut-il faire une distinction importante. Les seuls quasi-propriétaires, c'étaient les castes nobles, que déjà antérieurement Ramsès II Sesostris avail remises en possession de ce que leur avait arraché Horemhebi.

Du temps de Sésostris, ces castes nobles étaient celle des prélres el celle des guerriers. Mais, sous les dynasties amoniennes, les prêtres s'étaient emparés de l'hégémonie. Sans dépouiller les autres, ils les avaient réduits à n'être plus, comme eux-mêmes, que les amis d'Amonra, roi des dieux, et les fournisseurs du 07,aupós d’Amon. C'était en celle qualité qu'ils possédaient désormais et non plus à litre de fief féodal, et encore le détenteur actuel de tel ou tel bien pouvait-il, à tout moment, être dépouillé au bénéfice d'un autre. Les chefs de la gens se bornaient alors à dire : « Allendu que lieu de nous est la maison héréditaire, il y a réclamation, parce que nous l'avons donnée à d'autres. » Cependant, bien entendu, le dieu se réservait de faire, s'il le voulait, des exceptions à sa loi : et ces exceptions, nous en avons ainsi bon nombre d'exemples consacrés par des décrets spéciaux attribuant à certaines princesses et à leur des

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