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compte ded'influence que notre grand comique, volume, on se rappelle et l'on répète l'épigraphe a exercée sur le théâtre allemand, de l'immense de la première page : « Je ne croyais pas que crédit dont il jouissait, de son vivant même, en Molière fût aussi connu et aussi chéri en AlleAllemagne, il faut consulter le savant travail que magne. » M. Ehrhard vient de publier à ce sujet. Beau su- Nous ne séparerons pas le livre de M. Auguste jet de thèse pour le doctorat és lettres à soutenir Baluffe de celui de M. Ehrhard. Il n'y a guère, en Sorbonne, et que M. Ehrhard a choisi, en entre eux, d'autre lien que le nom de l'écrivain cflet, à cette intention. Aussi l'æuvre revue de- de génie dont l'un et l'autre ils s'occupent. Cela puis, et complétée, est-elle devenue ce livre : les suffit. Cependant, l'on pourrait ajouter que si Comédies de Molière en Allemagne, à ce point M. Ehrhard nous montre le chemin parcouru par chargé d'érudition qu'il en a gardé quelque lour- les idées de Molière en Allemagne, M. Baluffe deur germanique. Le chapitre de M. Ehrhard nous inène en compagnie de Molière sur les sur la parenté de génie qui unit Molière et Gæthe grands chemins de France, à Toulouse, à Pézeest peut-être le plus contestable du livre; il en nas, à Bordeaux, à Avignon, dans l'ouest, et en est aussi le meilleur. Il y a là une idée originale Languedoc. Pour nous venir en moindre appaprésentée d'une façon séduisante. La thèse du rat, le volume intitulé Autour de Molière n'en jeune professeur est, somme toute, l’æuvre solide est pas moins sérieux et précieux pour tous ceux d'un érudit qui eût pu y mettre plus de sobriété, que passionnent les recherches concernant la mais qui aura servi la gloire de notre Molière biographie restée si longtemps mystérieuse du mieux que bien des moliéristes. En fermant le grand poète comique.

E. C.

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L'Université de Paris et les Jésuites (xvio et M. Douarche prend soin d'asseoir son étude XVIIe siècle), par A. Douarche, docteur en droit, sur un examen de l'organisation de l'Université, docteur ès lettres, président de la cour d'Agen. puis il expose l'origine de la Société de Jésus. Un vol. in-8°. Paris, 1888. Hachette et Ci“, Les deux adversaires étant ainsi définis, posés éditeur.

chacun en son camp, leur corps à corps est tout

de suite compris, et il passionne. (Notons en pasL'ouvrage de M. Douarche est une histoire sant, comme un des plus piquants en ses détails très complète de la grande lutte toujours actuelle caractéristiques, le chapitre qui raconte la fondade l'enseignement laïque et de l'enseignement tion du collège de Clermont, et les rapports clérical. C'est surtout la Compagnie de Jésus en d'Ignace de Loyola et du cardinal de Lorraine.) qui se personnifie celui-ci, parce que plus qu'au- Bientôt s'engage le premier procés, intenté à cune autre congrégation, elle a développé ses l'Université par les jésuites. Étienne Pasquier est moyens, accru rapidement sa puissance et son l'avocat de l'Université; Versoris, celui de la Soinfluence, et, il faut le dire aussi, embauché le ciété de Jésus; M. Douarche nous remet sous plus d'hommes de valeur.

les yeux les plus importants morceaux de leurs Ce qu'il faut bien voir, et avec précision et im- plaidoyers. La cause est appointée, c'est-à-dire partialité dans cette rivalité plusieurs fois sécu- indéfiniment ajournée. Pasquier a bien posé dès laire, c'est que l'Université défendait ses droits le premier acte la question vraie ; ce n'est pas et privileges. La querelle de l'Université et des une lutte de privilèges étroits, une rivalité de jésuites a été féconde en péripéties diverses, en boutique : c'est l'antagonisme de l'enseignement alternatives de succès et de revers, de victoires laïque et de l'enseignement religieux. éclatantes suivies de catastrophes regardees Entre le premier et le second proces, les agicomme irreparables, bientôt effacées elles-mêmes tations politiques débordent. La Ligue résiste à par des triomphes inattendus.

Henri de Navarre. Les jésuites sont pour les ligueurs; le P. Bellarmin avait combattu les droits

stances les jésuites parvinrent à faire rendre l'édit du roi de Navarre à la couronne de France, et de Rouen en 1603 qui les autorisait à rentrer et ce au nom du Saint-Siège. Sixte-Quint le char- à s'installer en France. gea d'accompagner le cardinal Gaëtan à Paris, Les jésuites avaient si bien assis leur influence, · pour l'aider de ses lumières dans les cas difficiles, que le confesseur du roi Louis XIII fut choisi dans et à la suite de Bellarmin, sous l'eil satisfait du leur ordre, et ce devint une tradition. Ils crurent légat, on vit Claude Mathieu, Henri Sammier, devenir maîtres du Parlement comme de la cour Edmond Hay, Commolet, supérieur de la maison avec l'élévation de Nicolas de Verdun au lieu et professe de Paris, et tous les jésuites de France place d'Achille de Harlay. L'Université crut pours'enrôler sous la bannière de la Ligue. Au con- tant le temps propice de renouveler ses réclamatraire, l'Université s'applique à lever, autant qu'il tions et demanda que tout enseignement fût inétait en son pouvoir, les scrupules des esprits terdit aux jésuites. L'avocat général Servin pieux et timides, qui hésitaient à reconnaître somme les jésuites de se soumettre aux doctrines Henri IV comme roi légitime tant qu'il n'aurait de la Sorbonne concernant la vie des rois et les pas reçu l'absolution du souverain pontife. libertés de l'Église gallicane. Ils s'inclinèrent

Henri une fois intronisé, l'Université ne pou- en apparence devant l'arrêt du Parlement qui vait souhaiter des circonstances plus favorables leur interdit de s'interposer dans l'instruction de pour reprendre le procès : elle le reprit et de- la jeunesse de quelque façon que ce soit. Mais la manda au Parlement l'expulsion des jésuites. lutte reprend devant les états généraux de 1614 Antonin Arnault était l'avocat de l'Université, à 1615. Et malgré le triomphe superficiel de Claude Ducret celui des jésuites, qu'il défendit l'Université, la Société de Jésus, in vulnérable, mal. Néanmoins les jésuites obtinrent que le pro- garde sa force, sa puissance occulte, qui n'éclate cès soit appointé et joint à celui de 1565.

au grand jour que lorsqu'elle est sûre de la place, La situation d'Henri IV – M. Douarche l'ex- si bien que dès 1618 le collège de Clermont plique fort nettement – était embarrassée. Vou

rouvre ses portes, et ce n'est plus seulement la lant assurer protection aux protestants, s'il pour- liberté d'enseigner à laquelle ils prétendent, mais suivait en même temps les jésuites, il risquait de au privilège de conférer des grades. surexciter le mécontentement des catholiques. On les voit en pleine faveur sous Louis XIV, La tolérance dut être égale. C'est à quoi les jé- qui par lettres patentes du mois de novembre 1682 suites durent de n'être pas expulsés tout de suite. se déclara le fondateur du collège de la rue La position de Richelieu, plus tard, sera gênée Saint-Jacques et lui donna le titre de college par une considération analogue, à cause de son royal avec l'autorisation de porter ses armes. Il alliance avec les États protestants d'Allemagne. confirma les droits et les bénéfices antérieure

Survient l'attentat de Chatel, le Parlement ment acquis, il régularisa toutes les cessions préimplique les jésuites dans les poursuites et or- cédemment faites, leva tous les obstacles qui endonne leur expulsion. Mais, alors comme main- travaient l'acquisition du collège du Mans, et fit tenant, les pères sont ingénieux jusqu'à l'astuce, à ce sujet une libéralité de plus de 53,000 livres. reprennent d'une manière détournée leur ensei- Il accorda enfin aux jésuites, à cette occasion, le gnement, malgré la répression de leurs maneu- droit de committimus et quelques autres privi. vres à mesure qu'elles sont découvertes.

lèges. Toutefois la concurrence avait amené, comme Le grand intérêt de cette lutte de l'Université toujours, ce bon résultat qu'on s'occupe de la ré- contre la Société de Jésus, c'est que la première forme des études. Les études au, surplus, sont en ne détendait pas seulement l'esprit de corps, des perpétuelle réforme. M. Douarche établit une privilèges personnels : au conflit des intérêts et judicicuse comparaison des méthodes des deux

des compagnies rivales se mêlait d'une manière écoles, et il conclut qu'alors comme depuis, les intime le conflit des opinions et des idées, et la jésuites ne l'emportent que par une meilleure question si grave de la direction des consciences. discipline, par l'esprit d'émulation qu'ils inspi- M. Douarche l'a parfaitement mis en relief, et rent aux élèves, et par les soins qu'ils donnent c'est ce qui donne à son livre, en dépit de son aux exercices physiques, on pourrait dire aussi aspect i étrospectif, un si vif intérêt, et le fait tout par l'aménagement et l'installation de leurs im- d'actualité. meubles. Mais cette superiorité leur vient de leur Son ouvrage est au surplus parfaitement complus grande fortune, qui déjà dès 1565 scandali- posé, et sa langue est claire, sobre et précise. La sait Pasquier.

lecture en est fort attachante. Il faut lire dans l'ouvrage de M. Douarche par quelle habileté à profiter de toutes les circon

et

Apulée, roman de magie, par Paul Monceaux. sévère et consciencieuse de M. Henri Vallon. La

Un vol. in-18 jésus. Paris. 1889. Maison Quan- Révolution vue.sous l'aspect que nous montre tin, édit. – Prix : 3 fr. 50.

l'historien est sinistre : le déguisement de la « Le rhéteur, le romancier, le magicien, justice, l'abus des formes apparentes du jugement

pour l'accomplissement d'une oeuvre de violence, voilà tout ce qui doit subsister d’Apulée pour les

n'est-ce point ce que l'homme peut trouver de modernes. Ainsi se résume l'opinion de M. Paul

plus odieux dans la tyrannie? Les représentants du Monceaux sur ce bizarre et intéressantpersonnage;

peuple dans leurs missions se firent presque exc'est bien quelque chose que de survivre sous cette

clusivement, d'après les pièces recueillies par triple espèce.

M. H. Wallon, des pourvoyeurs de la guillotine Apulée se présente à nous avec des talents et

et de la fusillade. une physionomie d'une singulière, complexité.

Ce qui ressort des excès mêmes des envoyés, Comment peut-on être à la fois satirique mordant

c'est la répulsion générale et énergique que la et dévot enthousiaste, romancier réaliste et

province éprouva pour les doctrines et pour les sorcier? Comment un bon scholare, bouffi de

actes de la Convention. Une chose qui montre, toute la sève des écoles, s'est-il créé un style si

en Bretagne par exemple, à quel point le mouvepersonnel, si original ? »

ment avait été général, ce sont les mesures mêmes L'érudit auteur de cette étude très piquante,

qu'avaient prise Defernon, Rochegude et Prieur très suggestive, ne se charge point de trouver l'ex

de la Marne de faire arrêter tous les sacristains plication probante de pareil phénomène. Il a déjà

et sonneurs de cloches des deux départements du montré beaucoup de sagacité en l'analysanı. Il

Finistère et du Morbihan, « comme suspects complète le portrait d’Apulée en le suivant dans

d'avoir volontairement procuré ou facilité l'entrée le développement de sa carrière et de ses talents.

des églises ou chapelles et d'avoir ainsi participé C'est Carthage qui revit avec Apulée, une Car

à l'abus criminel qui a été fait du son des thage déondente, éprise de conférences,

cloches ». Apulée est conférencier, – de mystères et de

Devançant d'un mois la loi des suspects, ils sciences occultes, et Apulée est magicien tout

avaient aussi pris un arrêté ordonnant l'arrestaau moins dans l'opinion du vulgaire, quoiqu'il

tion de tout noble et de tout prêtre, ajoutant : s'en défende et soit obligé de se disculper en

« sont réputés suspects les pères, mères, frères, justice, - de peinture audacieuse et spirituelle,

scurs et enfants des émigrés, des officiers de de naturalisme et de l'érotisme même assaisonné

l'armée du traitre Dumouricz, les religieuses non et enjolivé par la nature satirique et pétillante, et

volontairement sorties de leur couvent, et les Apulée écrivit l’Ane d'Or. M. Paul Monceaux en

domestiques des prêtres déportés (27 avril an II) ». retrace avec concision et vivacité les principaux

Les procès s'instruisent avec un parti pris épisodes tirés des contes milésiens.

atroce, et la sentence est toujours capitale, sauf Sans nul doute il s'est établi dans la pensée de

de très rares exceptions. Ce ne sont pas seuleM. Paul Monceaux un parallèle inavoué entre la

ment les représentants des anciennes classes pri Carthage des temps lointains et le Paris contem

vilégiées qui sentent la dureté draconienne des porain. Les analogies l'ont frappé : il les fait

tribunaux révolutionnaires. Les gens du peuple, pressentir avec un art discret qui ajoute encore à l'attrait de la ressemblance. Apulée, le grand

les plus humbles, sont semblablement traqués

dars leur conscience et châtiés de manquer de sophiste de l'Afrique romaine, fait penser à

zèle pour le sans-culottisme. l'étonnant auteur de l’Abbesse de Jouarre.

M. Wallon établit, département par départeCe livre est tout à fait digne de la curiosité des

ment, l'inventaire, si l'on peut dire, des condamnagens d'esprit desæuvrés ou non, et de la considé.

tions et des exécutions. Il puise dans les rapports ration des lettrés sérieux qui sauront apprécier

et discours des représentants eux-mêmes l'aveu tout le trésor de recherches, d'érudition et de

de leurs actes dont ils se font gloire. Il y a eu un philosophie qui en est le fond.

état mental spécial dont l'étude devrait tenter un

aliéniste. Ils vivent dans une exaltation continuelle Les représentants du Peuple en mission

qui les jette certainement hors de la mesure comet la question révolutionnaire dans les

mune à l'humanité. C'est presque de l'hallucinadépartements en l'an II, par HENRI WALLON,

tion, en tout cas c'est de l'obsession. Ils devienmembre de l'institut. Tome II. Un vol. in-8°.

nent des monstres par conviction. Le drame se Paris, 1889. Hachette et Cie, édit.

renouvelle à chaque page, d'autant plus poignant L'ouest et le sud-ouest de la France, telle est et terrible, que M. Wallon,, avec la gravité imla région exploitée dans ce volume par l'enquête | placable d'un Minos, s'interdit toute virulence

aux

et se borne à poser et à prouver le fait, docu- mariage de Louis XV avec la fille du roi Staments en main. L'effet n'est que plus profond et nislas. plus écrasant : on ferme le livre avec une malé- Les dépêches à nos ambassadeurs, ministres, diction contre les tueurs.

envoyés sont rédigées avec un esprit de précision, De Quimper à Montpellier et à Nîmes, de de prudence, qui fait honneur à notre diplomatie. Rouen à Bordeaux et dans la région des Pyrénées Toutes les mesures auxquelles on s'arrète sontles excès furent à peu près les mêmes.

elles bien celles qu'il eût fallu pour le plus grand

succès de la politique adoptée, qui est l'alliance Cette publication ne ramènera certes pas à

quand même avec la Pologne, ou plutôt cette poliM. Wallon les tendresses des Jacobins. Plus

que

tique du gouvernement du roi de France est-elle jamais, ils appelleront réactionnaire « le père de

toujours la plus habile, la plus utile? C'est une la République ». Pour nous, en cet instant dégagé question fort balancée et pour se fixer et y répon. de toute idée de parti, nous tenons ce livre pour

dre de façon catégorique, il faudrait de longues utile au point de vue des mœurs, et très intéres

controverses. Ce qui ressort seulement des papiers sant au point de vue de l'intelligence et des pas

publiés, c'est que dans les conseils du ministère sions. Il a toute la valeur d'un procès-verbal

des affaires étrangères, la situation des cours et rédigé par un écrivain de talent passionnément

des peuples était l'objet d'une étude approfondie épris de vérité et de justice.

et nos envoyés suivaient un vade-mecum d'une

précision parfaite. Recueil des instructions données

Le recueil des instructions concernant la ambassadeurs et ministres de France Pologne est précédé d'une excellente introduction depuis les traités de Westphalie jusqu'à de M. Louis Farges. En quatre-vingts pages – des la Révolution française. Pologne, avec une grandes pages, c'est presque un volume ordinaire, introduction et des notes par Louis Farges. il a composé un récit de l'histoire de Pologne Deux vol. grand in-8°, Félix Alcan, édit., très vif, très complet, très attachant. Pour bien Paris, 1888.

comprendre la valeur des instructions données

par le gouvernement du roi à ses agents, pour Nul de ceux qu'intéresse l'histoire n'ignore s'expliquer l'attitude qui leur est recommandée, l'importante publication entreprise sous les aus

les moyens employés, il faut connaître le caracpices de la commission des archives diplomatiques tère et les institutions de cette étrange monarchie au ministère des affaires étrangères. Ces recueils

élective, et les qualités et les défauts de cette et documents classés et présentés avec une notice

noblesse polonaise qui semble n'avoir jamais explicative par des hommes très compétents

obéi qu'à cette double préoccupation : se consa. offrent un grand intérêt et une leçon très instruc

crer tout entière au service de l'État, mais en tive : c'est en quelque sorte de l'anatomie poli- .donnant à ce même État le moins possible de tique.

prise sur elle. L'indépendance absolue dans le Les deux volumes qui embrassent le rôle de la

dévouement absolu, telle semble avoir été la for. France dans les affaires de Pologne sont dus aux

mule de son idéal politique. soins de M. Louis Farges. Le premier a son point

L'aspect du sol, le climat, les productions nade départ en 1648, avec la mission du comte

turelles, les tendances de la race, les origines et

les variations des institutions, M. Louis Farges d'Arpajon portant au roi de Pologne l'ordre du Saint-Esprit, cet envoi d'une décoration est le

en fait un tableau très fouillé et en tire des motif officiel; il a de plus une instruction secrète,

déductions qui attestent une netteté de vue, une c'est de remettre la bonne intelligence entre la

fermeté de jugement, une subtilité de compréreine, – née princesse Marie-Anne de Gonzague,

hension, qui sont la marque de l'esprit politique et M. de Brigny, ambassadeur résidant en

et des aptitudes à la diplomatie, non moins que Pologne. Ce premier volume s'arrête à 1729, à la

les qualités de l'historien. veille de la mort du roi Auguste et de la candi

Sa conclusion montre la fin de la Pologne dature de Stanislas Leczinski.

résultant fatalement de son mode d'existence :

Jean Casimir et Lionne l'ont prévue et prédite. Le second volume va de 1729

à

1794, période L'opposition naturelle de la Pologne et de la d'une gravité exceptionnelle pour la Pologne; Russie ne pouvait avoir d'autre dénouement, c'est celle de son démembrement, le commence- malgré l'héroïsme des derniers défenseurs de la ment de son agonie; période en laquelle aussi patrie polonaise; la Russie ne pouvait entrer l'intérêt de la France est plus diversement lié dans la politique européenne qu'en annexant la aux destinées du royaume polonais à cause du Pologne.

L'Allemagne et la Réforme : l'Allemagne à ses principes à la jurisprudence, à l'économic

la fin du moyen âge, par JEAN JANSSEN; traduit politique, à tout l'ensemble, en un mot, de l'orde l'allemand sur la quatorzième édition, parganisation de la société chrétienne germanique E. Paris, avec une préface de M. G. A. Hein au moyen âge. Įl rompait les liens intimes, l'heurich, doyen honoraire de la faculté des Lettres reuse harmonie qui avaient uni jusqu'alors les de Lyon. Tome I et II, in-8°. Plon, Nourrit forces religieuses, sociales et politiques de l'Alet Cie, édit. Paris.

lemagne. Le droit romain contenait, en effet, en

germe ce dogme de l'omnipotence des princes, L'ouvrage de Jean Janssen prit en Alle- plaie dévorante, dit Janssen, qui mit longtemps magne, à son apparition, l'importance d'un évé obstacle au développement de la civilisation, et nement.

commença d'exercer sa funeste influence bien C'est la revendication la plus puissante du ca avant qu'éclatât la révolution du xvie siècle. tholicisme contre le protestantisme.

Le fond même de l'ouvrage monumental de Dès le début de son entreprise, vers 1834, Janssen, c'est la vie du peuple allemand telle Janssen résolut de faire surtout l'histoire de la qu'elle était au siècle qui a précédé la Réforme,

et l'avis de Böhmer, eut grand soin de tenir tout ce intestines et des bouleversements qui l'ont suiqui se rapporte à la civilisation dans un certain vie. L'apologie de la civilisation catholique, telle isolement de l'histoire proprement dite, c'est-à qu'elle ressort de ses premiers volumes, a pour dire du récit des événements politiques.

conséquence fatale de faire envisager dans la Ses recherches furent longues, étendues, mi Réforme non seulement une immense perturbanutieuses : les principales sources qu'il consulta, tion de toutes les relations religieuses et sociales, furent les Registres des empereurs, à Francfort, mais encore un abaissement du niveau intellecles archives de Trèves, de Mayence, de Lucerne, tuel aussi bien que des mœurs, une diminution de Zurich, de Wertheim, celles de la nonciature du bien-être général, un appauvrissement de au Vatican, etc.

tous, aussi bien de ceux qui répandaient les Concentrer tout l'intérêt historique sur le bienfaits que de ceux qui étaient appelés à les peuple allemand étudié dans ses états variés, recevoir. Or la Réforme est considérée par une dans ses destinées diverses, telle est la méthode grande partie des Allemands et, en dehors de l'Al

rut à Janssen nécessaire surtout pour lemagne, par un grand nombre de politiques, l'histoire du moyen âge à son déclin. Il a donc d'historiens et de philosophes comme le point cherché à fondre, dans un aperçu général, les de départ d'une rénovation. études partielles déjà connues du public sur l'é Aussi le retentissement de ce livre fut-il imducation populaire, l'instruction religieuse, les mense, aucun ouvrage n'a excité autant que le sciences et les arts, les conditions de l'économie grand travail de Janssen de violentes tempêtes rurale, les métiers, les classes ouvrières, le com dans le monde ordinairement plus calme des merce, l'économie politique à la fin du xv° siècle. journaux religieux et des revues savantes. Le résultat obtenu ne correspond certainement

Le livre de Janssen, dit M. Heinrich, est pour pas aux idées généralement adoptées sur cette

la Réforme ce que le livre de M. Taine est pour époque si décriée ; l'étonnement chez les uns, la la Revolution française. L'attitude des deux colère même chez certains, se manifeste tout de écrivains est presque la même, quoique les deux suite. L'auteur avoue sincèrement que pendant hommes soient séparés par toute la distance les longues années consacrées à cette étude il a qu'on peut mettre entre un libre penseur et un bien souvent éprouvé de la surprise.

croyant. Le grand fait historique de la révolution du Toutefois, l'honorable doyen ajoute prudemxvie siècle ne s'est pas accompli seulement sur le ment que le mérite de l'un et de l'autre sera · terrain ecclésiastique et religieux : il s'est pro d'avoir marqué une phase nouvelle, imposé un

duit d'une manière peut-être encore plus directe changement de méthode plutôt que d'avoir clos dans le domaine économique, judiciaire et so le débat; car le grand procès de la Réforme, pas cial. Une des plus originales et importantes plus que celui de la Révolution française, ne observations de Janssen, c'est qu'il faut avant peut encore être de nos jours l'objet d'un arrêt tout tenir compte de l'influence fatale (si sensible sans appel. dès la fin du sve siècle) exercée en Allemagne par Dans l'immense enquête à laquelle s'est coural'adoption du droit romain, droit transplanté d'une geusement livré Janssen, bien des détails mériterre étrangère et païenne sur le sol chrétien. tent de retenir l'attention. Le propre de cette Le Code Justinien était absolument opposé dans vaste et savante composition est d'imposer par

qui

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