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laborieux érudits, tels que les Surgères, les Plihon, dans ses onze volumes (huit pour la biobiblioles Somnervogel et vingt autres, pourra mener à graphie, trois pour les tables), embrasse toute la bonne fin une cuvre de cette importance. Nous production littéraire et scientifique, sous toutes sommes heureux de pouvoir fixer les lecteurs à les formes, de notre pays, depuis 1840 jusqu'en ce sujet. Il est bon de leur dire que, dès mainte 1885 inclusivement. Autrement dit, c'est le rénant, tous les éléments de l'entreprise sont réu-pertoire complet de notre histoire littéraire et nis et que l'auteur a pris ses mesures pour arriver, scientifique pendant près d'un demi-siècle, penen temps voulu, au résultat définitif. Ce qui n'est dant la période la plus féconde et dans laquelle l'espoint inutile de répéter encore, c'est que l'on prit français s'est manifesté avec le plus d'abonne saurait trop se hâter de souscrire à tout l'ou dance et de variété. C'est aussi la continuation vrage.

(mais combien supérieure !) des travaux des QuéChaque fascicule est actuellement coté au prix rard, des Louandre et des Bourquelot qui avaient, de cinq francs, prix bien modique eu égard aux en dix-huit volumes (la France littéraire et la frais considérables qu'entraîne une publication Littérature contemporaine), entrepris d'inventode cette nature; mais ce prix ne tardera pas à rier les productions du génie français depuis le être porté à huit francs; ce qui, sur l'ensemble commencement du xville siècle jusque vers le de la publication, représente une majoration suf milieu du nôtre. fisante pour stimuler le zèle des retardataires. Grâce à M. Otto Lorenz, la tâche entreprise

Que nos lecteurs nous excusent de traiter, par par ces consciencieux bibliographes n'est point, exception, la question pécuniaire dans une Revue comme on pouvait le craindre, demeurée ininoù l'on ne s'occupe du livre que pour en appré-terrompue. C'est au mois de juillet 1861 qu'il cier l'intérêt ou le charme; mais cette question conçut l'idée de recueillir leur laborieux héritage, est ici de quelque importance, bien qu'après et, pendant plus de vingt-sept années, il a contout un bon ouvrage ne soit jamais trop cher; sacré à cette belle cuzre le meilleur de son temps et, à ce titre, la Bio-bibliographie bretonne est en lui subordonnant toute son existence. On ne du nombre des oeuvres qu'on n'a point à craindre peut songer, sans une sorte d'effroi, à la somme d'avoir trop payées.

de travail que représente un tel travail, et l'on

ne saurait évaluer, même approximativement, le Catalogue général de la librairie française

chiffre des bulletins et fiches qu'il a dû rédiger depuis 1840, rédigé par Otto Lorenz, an

de sa main par centaines de milliers. cien libraire. Tome onzième et dernier (table

On comprend que, parvenu au terme de la des matières des tomes IX et X; 1876-1885).

tâche qu'il s'est donnée et qu'il a su mener à si Paris, chez l'auteur, 5, rue des Beaux-Arts;

bonne fin, M. Otto Lorenz éprouve le besoin, 1888. Grand in-8° de 11-630 pages à deux

sinon le désir du repos. C'est ce qu'il fait entencolonnes. - Prix: 30 francs.

dre dans le court avant propos de son dernier

tome, sous ce mélancolique intitulé : P. P. C. Nunc exegi monumentum,

aurait

pu

dire « Je termine cet ouvrage, dit-il, et en même sans présomption M. Otto Lorenz en signant le temps ma carrière de bibliographe. » Hélas ! c'est bon à tirer de la dernière feuille de ce volume. grand dommage pour nous, car on peut craindre C'est bien, en effet, un monument véritable qu'il qu'il n'ait pas, comme les Quérard et les Louana construit pièce à pièce, et son cuvre, qui a dre, l'heureuse chance de trouver un continuarendu et qui ne cessera de rendre d'inapprécia teur. Et s'il s'en présente un, sera-t-il aussi coubles services, restera comme un des plus notables rageux et capable, aussi tenace, aussi dévoué à exemples de ce que peut l'amour ardent de la l'auvre, et surtout aussi modeste et désintéressé bibliographie, secondé par une volonté tenace et que le fut et l'est toujours l'excellent auteur de par un infatigable labeur.

cette incomparable production? Nous avons, à deux reprises, fait connaitre En attendant qu'il s'en trouve un, s'il en vient, dans cette Revue (années 1887 et 1888) le plan ne peut-on espérer que M. Otto Lorenz, dont excellent et l'exécution remarquable de ce pré la belle activité ne s'est jamais ralentie, voudra cieux ouvrage; nous en avons fait ressortir les bien comprendre un demi-siècle complet dans nombreux mérites et l'utilité considérable; nous son colossal ouvrage, et nous donner deux vone nous répéterons donc point aujourd'hui, si lumes encore embrassant le quinquennat (curieux ce n'est pour redoubler de justes éloges et pour à tant de points de vue!) qui s'étend entre 1886 rappeler brièvement ce qu'est, dans son ensem et 1890? C'est le veu que se permet d'exprimer ble, l'auvre magnifique de M. Otto Lorenz. un de ses plus humbles disciples et de ses plus

Le Catalogue général de la librairie française, reconnaissants admirateurs.

Les Tableaux historiques de la Révolution aux productions du passé, et augmentant chaque

et leurs transformations. Étude iconogra- jour d'une vingtaine de volumes au moins la phique et bibliographique, par MAURICE Tour- montagne des imprimés (sans parler des maNEUX. In-8° de 43 pages. Paris, Charavay frères; nuscrits inédits) qu'a produits, depuis quatre 1888.

cents ans, l'invention de Gutenberg. On se pren

drait à la maudire si des savants, courageux et Les Portraits de Danton. Essai d'iconogra

désintéressés, ne nous apportaient pas quelques phie, par le D' ROBINET, avec une reproduction

fils pour nous guider dans ce dédale. Encore les authentique gravée par Julien Tinayre. In-8°

bibliographies elles-mêmes sont-elles légion, et de 13 pages. Paris, Ernest Leroux; 1889.

M. Vallée, en publiant sa Bibliographie des Prix : 2 francs.

bibliographies, est arrivé à un gros volume in-4° Voici deux minces plaquettes qui ne peuvent avec supplément. manquer d'être bien accueillies par les collec- Mais revenons à M. Ruelle et reprenons les tionneurs et les curieux; mais il faut se hâter de mots de courage et de désintéressement que nous les acquérir, car elles ne tarderont guère à deve- prononcions tout à l'heure. Du courage, certes nir introuvables.

il en faut. Ce ne sont point quelques mois, quelDans la première, le savant M. Maurice Tour- ques années, c'est une vie entière qu'absorbent neux, qui nous prépare une merveilleuse Biblio. de pareils travaux. Tâche ingrate, car la gloire graphie de la Révolution française à Paris, ra- n'est pas au bout, et le profit encore moins. Mais conte l'histoire du plus important ouvrage le véritable savant trouve sa récompense dans la illustré de la période révolutionnaire. Les Ta- reconnaissance et l'estime de ceux qui savent bleaux historiques de la Révolution française apprécier le service rendu. Ces connaisseurs ne tiennent, en effet, la première place parmi les forment point une multitude, mais on peut dire publications de cette époque, tant par le nombre ici que la qualité vaut la quantité. C'est un salon et la dimension des planches que par le nom et de bonne compagnie. M. Ruelle y trouvera des la valeur de ceux qui y ont collaboré, ou par le suffrages flatteurs et l'assurance qu'il a bien métalent des écrivains qui les ont commentées. Ce rité de la science... et de la patrie, car ici c'est célèbre ouvrage, qui compta quatre éditions suc- d'elle qu'il s'agit. cessives, eut, suivant les circonstances, à subir Notre pays est le plus riche du monde en souvemaintes mutilations et force remaniements, et nirs historiques. Sans hyperbole, on peut dire qu'il ces transformations ont été un piquant sujet en contient à lui seul autant que le reste de l'Unid'étude pour l'érudit et spirituel bibliographe vers. Rome elle-même et son empire revivent qui a débrouillé tout ce chaos.

mieux dans nos ruines de Gaule que dans celles Le titre de la seconde brochure en indique, du de leur péninsule. Il fallait donc se borner dans reste, l'objet; c'est une étude, qui n'est pas sans un champ aussi vaste et, prenant les choses aux intérêt, sur l'iconographie de Danton; son prin- origines, gardant ainsi pour soi la besogne la cipal attrait est de faire connaître un très beau plus ardue, M. Ruelle a limité son travail à la fin portrait, jusqu'à présent ignoré, du fameux con- du ve siècle. L'époque gallo-romaine est donc ventionnel, portrait datant de 1787 et finement comprise dans son entier. reproduit par M. Tinayre, d'après « un camaïeu Bien entendu, tous les ouvrages publiés jusd'Hipolite » (sic).

qu'en 1870 inclusivement sont contenus dans

cette bibliographie, mais seulement ceux traitant Bibliographie générale des Gaules, par

de sujets antérieurs au vio siècle. C'est l'alpha de Ch.-E. RUELLE. Libraire de la Société biblio- notre histoire, la racine de la science. graphique.

Il nous est difficile d'indiquer complètement,

sans entrer dans de trop longs détails, quel est Un journal disait dernièrement que, dans un l'ordre suivi. Les ouvrages sont d'abord classés petit nombre d'années, toute la somme des con- par régions et inscrits par ordre alphabétique du naissances du passé serait nécessairement con- nom d'auteur : cette seconde partie est un peu densée dans un certain nombre de courts précis, plus complète que la première; le nom de l'édisecs et arides, ne contenant que des faits et des

teur y est mentionné. Enfin, une table des madates. Encore, pour arriver à quelque chose de tières, indiquant par exemple toutes les pages où pratique, faudra-t-il faire un choix sévère entre il est question des amphithéâtres, complète un ces faits et ces dates.

système qui rendra toutes les recherches faciles. L'esprit est, en effet, confondu devant l'amas Nous répétant encore, nous disions que ces des productions contemporaines venant s'ajouter ouvrages n'entrent pas d'ordinaire dans la faveur

PHIL. MIN.

du grand public. Ici, cependant, il s'agit de la l'histoire sont innombrables : pour leurs biblio• France, de la patrie chère à tous. Ceux qui l'ai- thèques, la possession de ce livre est une nécessité ment ne se comptent pas, et ceux qui en étudient et un devoir.

BEAUX ARTS

Manuel d'Archéologie orientale (Chaldée, Assyrie, Perse, Syrie, Judée, Phénicie, Carthage), par ERNEST BABELON, bibliothécaire au département des médailles et antiques de la Bibliothèque nationale, Paris, maison Quantin. – Prix, broché : 3 fr. 50; cartonné, 4 fr. 50.

les monuments de la côte de Syrie où dominaient Tyr et Sidon, mais à Cypre, à Carthage, à Gadès en Espagne, et partout où les hardis navigateurs phéniciens avaient établi leurs comptoirs.

C'est donc avec un intérêt toujours grandissant qu'on suivra l'auteur de ce livre nous montrant l'art asiatique sous toutes ses formes : architecture, sculpture, peinture, céramique, bijouterie, glyptique, non seulement en Chaldée et en Assyrie, son pays d'origine où il s'épanouit à son aise, mais dans ses multiples ramifications chez les nations voisines où il se heurte à son rival et subit des interprétations étrangères jusqu'au jour où la Grèce recueille le flambeau des arts de la main défaillante de l'Orient.

Deux cent trente-cinq dessins, la plupart exécutés par un artiste d'un mérite éprouvé, M.Wallet, éclairent le texte de M. Babelon et contribuent à faire du présent volume un des plus achevés de la Bibliothèque de l'Enseignement des BeauxArts.

Le domaine qu'embrasse le volume s'étend à toutes les civilisations de l’Orient antique, moins l'Egypte. Il expose l'histoire de l'art chez les Chaldéens, les Assyriens, les Perses avant Alexandre, les Héthéens de la Syrie et de la Cappadoce, les Juifs, les Phéniciens, les Carthaginois. Dans l'ancien monde oriental, il ne se manifeste réellement que deux courants artistiques: celui qui prend naissance en Egypte et celui qui vient de l'Assyrie. Le premier, M. Maspéro l'a étudié et particulièrement mis en lumière dans un des derniers volumes publiés dans la Bibliothèque de l'Enseignement des Beaux-Arts; le second fait l'objet du présent volume et vient se placer à côté de l'oeuvre de M. Maspéro. Laissant de côté l'Égypte, M. Babelon étudie exclusivement le courant asiatique; il le prend à son berceau, à Babylone, le suit à Ninive et nous fait assister à ses progrès et à ses transformations pendant toute la durée de la monarchie chaldéo-assyrienne. Bientôt le courant déborde et franchit de tous les côtés les limites du bassin du Tigre et de l'Euphrate : d'une part en Perse, il envahit les palais de Suse et de Persépolis où M. Babelon nous fait pénétrer à la suite de M. et Mme Dieulafoy dont il expose les brillantes découvertes; d'autre part, il se répand sur les populations araméennes de la Syrie, à Jérusalem et jusqu'au cæur de l'Asie Mineure. La description du temple de Jérusalem, détruit par Nabuchodonosor, reconstruit par Hérode, forme un intéressant chapitre où nous touchons du doigt, pour ainsi dire, le mélange et la pénétration réciproque de l'art égyptien et de l'art assyrien. Les monuments d'architecture ou de sculpture que nous ont laissés les Phéniciens et les Carthaginois nous révèlent de même un art hybride. C'est ce que l'on observe avec M. Babelon, non pas seulement dans

La Sculpture antique, par M. Pierre Paris,

ancien membre de l'École française d'Athènes, maître de conférences à la Faculté des lettres de Bordeaux (Bibliothèque de l'Enseignement des Beaux-Arts). Un volume illustré de nombreuses gravures, Paris, maison Quantin. Prix, broché: 3 fr. 50, cartonné : 4 fr. 5o.

La Bibliothèque de l'Enseignement des BeauxArts continue ses succès, sous l’active direction de M. Jules Comte. Le nouveau volume qui vient de paraître, la Sculpture antique, par M. P. Paris, embrasse la sculpture de l'Égypte et de l'Orient asiatique, de la Grèce et de l'Italie. C'est une étude des monuments les plus instructifs, les plus curieux ou les plus beaux qui nous sont parvenus; les cuvres que leur valeur scientifique ou artistique désignent avant toutes les autres à l'attention des archéologues ou à l'admiration des gens de goût sont classées, décrites et appréciées avec une sobre précision. Comme ce n'est point là un livre d'érudition, mais de vulgarisation, peu de place est faite aux

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Excellent ouvrage d'enseignement, précis, méthodique, complet sans superfluité, concis sans obscurité. Il traite non seulement de la France continentale, mais aussi de la France coloniale, il en expose les ressources de productions et les besoins de consommation, tant dans l'ordre agricole que dans l'ordre industriel et commercial.

P. Z.

Aux États-Unis. Notes de voyage, par F. Fré

DÉRIC MOREAU, avec un croquis de l'auteur. Un vol. in-18. Paris, E. Plon, Nourrit et Cie, 1888.

Le croquis de l'auteur sert de frontispice. Si c'est, comme il semble, un résumé plastique des impressions laissées par le voyage, ces impres. sions sont singulièrement banales, vagues et de contours indécis. Le livre n'en est pas moins d'un véritable intérêt de lecture. Il ne faudrait pas, il est vrai, lui demander autre chose que ce qu'il promet. C'est le récit vif et rapide d'excursions, tantôt semblables à tout ce qu'on connaît, tantôt relevées d'imprévu et de curieux, à New York, à Boston, à Montréal, à Québec, à Chicago, à Santa-Fé, à San-Francisco, à Washington, chez les Mormons, et ailleurs. Le côté pratique des voyages, détails de chemins de fer, d'hôtel, d'omnibus, etc., est traité avec une franchise et une rondeur que j'apprécie tout particulièrement. A ce point de vue, le livre rendra bien des services aux voyageurs qui le consulteront.

L'on se rappelle le tragique dénouement de cette mission Flatters dont, en 1881, tous les membres furent victimes de la perfidie et de la barbarie des Touareggs, et qui enrichit si douloureusement le martyrologe des explorateurs africains. Noms glorieux désormais que ceux du colonel Flatters et de ses compagnons, le capitaine Masson, le lieutenant de Dianous, les maréchaux de logis Dennery et Pobeguin, de MM. Beringer, Roche, Dr Guiard, Santin! mais qui réveilleront dans la mémoire de bien douloureux souvenirs. C'est à ces savants, à ces braves, que le capitaine Henri Brosselard vient d'élever un monument durable en faisant le récit fidèle de leur généreuse entreprise. M. Brosselard avait fait partie de la première mission (7 février3 juin 1881) qui comprenait également MM. Roche, Guiard et Beringer. Ce sont ainsi, en grande partie, des souvenirs personnels sur les personnes et sur les choses que nous donne l'auteur de ce livre, qui est poignant dans sa simplicité. Le but des deux expéditions était « de rechercher et d'étudier un tracé de chemin de fer qui devait partir de notre territoire algérien, et en particulier de Ouargla, son extrême station au sud, pour aller aboutir dans le Soudan, entre le Niger et le lac Tchad », en un mot, c'était d'ouvrir une voie commerciale entre l'Algérie et Tombouctou. Lieutenant-colonel du 72° de ligne, M. Flatters, par son énergie, sa connaissance de la langue et des mæurs arabes, était plus que personne apt:

B.-H. G.

à remplir cette belle et périlleuse mission. La qualités qui font les poètes et les coloristes les première expédition fut couronnée d'un plein plus distingués, et il est en même temps encore succès : la reconnaissance du gassi de Molchanza un observateur exercé et un penseur. et du cours de l'Oued-Igharghar, dont le sol uni, Chargé d'une mission par le ministère de l'inà fond rocheux, permettrait l'établissemsnt d'une struction publique, M. Darmesteter est resté dans voie ferrée, sans aucuns travaux d'art préalable. l'Inde de la fin de février 1886 aux premiers Mais il s'agissait ensuite de pénétrer plus avant jours de février 1887. Sur ces douze mois, ou vers le sud, de reconnaître le pays. Ce fut là l’ob- tout près, il en a passé trois à Bombay, sept dans jet de la seconde mission (4 décembre 1881- les districts afghans ou semi-afghans de Pécha28 avril 1882). Le colonel Flatters et les siens wer et de Hazara, et les dernières semaines, il parviennent jusqu'au puits de Biv-el-Gharama, les a employés à parcourir les pays de Péchawer où ils campèrent le 16 février. C'est là que, trahis à Bombay et Calcutta. Sur les quatorze lettres par leurs guides indigènes, qui les avaient em- qui composent son volume, deux, la première et menés assez loin du reste de leurs compagnons, la dernière, ont trait à l'Inde et aux Indiens, lea Flatters, Masson, Beringer, Roche et Guiard, en- douze autres aux Afghans. turės subitement par trois ou quatre cents Dans toutes, des descriptions, mais elles sont Touaregs, furent massacrés, les trois derniers

peu nombreuses, et rapidement brossées ou même par

les guides eux-mêmes, le colonel Flatters et simplement esquissées d'un trait; c'est pour le capitaine Masson par l'ennemi auquel ils rendre l'impression ou figurer un cadre. L'homme, tuèrent six hommes avant de tomber. Le maré- voilà qui intéresse l'auteur, l'homme avec les dichal des logis Dennery, attiré par le bruit de la verses manifestations de son activité, avec la litfusillade, périt également. Le lieutenant Dianous, térature, la poésie, qui conservent le souvenir qui commande maintenant au survivant, ordonne des grands événements, victoires et défaites, qui la retraite, harcelé toujours par les Touaregs; évoquent, rappellent des passions, des venmais il est frappé mortellement et M. Santin dis

geances. parait dans un combat livré à dix kilomètres Trente pages de préface, puis la première lettre: d'Amguid. Le maréchal des logis Pobeguin dirige deux études de ton différent et qui se complètent; seul alors la retraite et est massacré par ses M. Darmesteter juge et fait connaître l'état po!ipropres troupes, réduites à des tirailleurs indi

tique, moral et religieux des populations soumises gènes. Telle fut la fin de cette expédition : des à l'Angleterre. Et les fins jugements qu'il porte ! Français qui la composaient pas un seul ne revint Il est sceptique ? Mais sans doute il n'admet pas à Ouargla, ou aujourd'hui un petit monument qu'il puisse être une forme de gouvernement cacommémoratif est élevé à leur mémoire. Indé- pable de convenir à quelque peuple que ce soit ; pendamment du récit détaillé de ces deux mis- il est pessimiste? Assurément, n'admettant pas sions, le livre du capitaine Brosselard contient davantage que l'homme soit parfait sortant des des pages intéressantes sur les résultats obtenus mains de la nature, nous tenons, nous, à mérite par les explorateurs, et sur l'avenir du projet et son scepticisme et son pessimisme. Il dit bien qu'ils étaient chargés de préparer.

ce qu'ont fait et n'ont pas fait les Anglais pour les

Indiens; il dit bien ce que pourraient et ne pourLettres sur l'Inde. A la frontière afghane, par

raient pas faire les Russes. Il parle des Asiatiques; JAMES DARMESTETER. Un vol. in-16. Paris, Al

combien de réflexions il émet à leur endroit que phonse Lemerre, 1888. - Prix : 3 fr. 5o.

pourraient s'appliquer nombre d'Européens! La

vie nationale ne fait pas défaut, mais l'esprit de Il faut s'habituer au style de M. James Dar

gouvernement? mesteter; les premières pages de son livre éton- Dans les douze lettres suivantes, des études nent et causent de la fatigue; mais l'habitude d'autant plus curieuses, celles-là, qu'elles ont vient vite et vite on commence de goûter, au con- pour objet, voulu ou non, la vie intellectuelle et traire, ces phrases au tour rapide et sans verbe morale de populations à peu près inconnues. parfois, ces façons d'exprimer, de traduire, avec Le lettré s'est fait réciter des poèmes, il les a une grande négligence apparemment, pensées et recueillis, il nous en traduit quelques-uns; le réflexions, sensations et sentiments : les senti- psychologue a pénétré des consciences, pesé la ments en semblent d'autant plus sincères, et les valeur qu'ont pour les montagnards de l’Afghapensées, souvent profondes, jamais banales, en nistan les mots : honneur, respect, justice; il fait acquièrent d'autant plus de relief.

pour ainsi dire penser et sentir devant nous ceux Car M. J. Darmesteter, qui est un philologue des Afghans de qui il a réussi à gagner la conde grand savoir, est doué en même temps des fiance. Une peinture de Péchawer et des pages

E. A.

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