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dans l'épitre qu'il lui a adressée, et où il la com mirablement son outil et le dirige à son gré pare à Mme de La Fayette :

comme le graveur guide son burin sur la planche

de cuivre, appuyant ici, effleurant là, d'une main ...Quel dieu, charmant auteur Quel Dieu vous a donné ce langage enchanteur,

sûre et savante. La force et la délicatesse,

Dans Ame en peine le psychologue avait fait La simplicité, la noblesse,

chez Jules Case des progrès remarquables, dans Que Fénelon seul avoit joint,

l'Amour artificiel il va plus loin, plus haut encore. Ce naturel aisé dont l'art n'approche point?

L'étude était particulièrement originale, pas enIl est vrai que Voltaire pouvait avoir quelque core tentée et ne pouvait être traitée que par un partialité pour ce roman. Partialité de père, s'il analyste subtil et délicat; personne, avant lui, est vrai, comme on l'a prétendu quelquefois, qu'il

n'avait eu l'idée de chercher à rendre cette âme ait été pour quelque chose dans sa naissance. La et ce cæur de la jeune fille moderne étudiant lecture n'est pas faite pour démentir cette opi sur elle-même l'amour, l'essayant sur l'un et sur nion. L'auvre a beaucoup de délicatesse, de sen

l'autre tour à tour comme on fait vibrer un timent et d'esprit. Par ce dernier côté elle peut verre pour s'amuser du son qu'il rend. Siella, à bien appartenir à Voltaire, si par les deux autres cet égard, est une création saisissante, absoluune femme peut la réclamer. L'auteur, Marie ment personnelle; une inconsciente cruauté se Louise-Charlotte de Pilard de Givry, qui épousa dégage d'elle, comme le poison émane d'une Nicolas comte des Fontaines, maréchal de camp, fleur dangereuse des tropiques; elle peut empoiétait fille d'un gouverneur de Metz. Voltaire avait sonner, tuer, mais elle peut aussi succomber elledix-neuf ans quand il lui adressa l'épitre que nous même à la violence de ce même poison. Dans le venons de citer. Elle mourut en 1730. Voilà tout livre le lecteur la suit avec une anxiété mêlée de ce que l'on sait à peu près d'elle : et c'est bien trouble, un peu ainsi que l'on suit dans les airs peu. Si son roman de la Comtesse de Savoie est la marche d'un danseur de corde planant à une tombé dans l'oubli sous cette forme, il a eu une hauteur formidable; à chaque page la chute est plus brillante destinée sous celle de la tragédie. là, sous ses pas, et elle ne tombe pas, et elle réC'est en effet à cette Histoire de la comtesse de siste : il faut l'excès de la lassitude, la complicité Savoie de Mme des Fontaines, que Voltaire a em des sens surexcités à l'aigu, l'avivement de la cuprunté le sujet et le plan de son Tancrède (1760), riosité atteignant son paroxysme, pour que, enfin, et quarante ans plus tôt, en 1720, ceux de son Ar elle s'abatte, vaincue, palpitante, sur la poitrine témice. M. Charles Buet a écrit pour cette édition du mâle, de Charles Fanti. Puis, après, c'est le nouvelle du roman de Mme des Fontaines une réveil, le vide du cæur toujours le même, touremarquable préface sur les femmes du xvue siècle, jours et partout pas d'amour vrai, seul l'amour et une savante étude sur Odon, comte de Mau artificiel rienne et de Savoie. De tous points cette réim A côté de Charles Fanti et de Stella Lemeilpression est ainsi parfaite.

lan, Jules Case a placé un autre couple, Paul

Catrousse et Marthe Lanquais, d'un très séduiL'Amour artificiel, par Jules Case, Paris,

sant intérêt; un joli type de maîtresse de piano, Victor-Havard, 1889. Un vol. in-18 jésus.

cette Marthe, qui court les rues et le cachet depuis Prix : 3 fr. 5o.

l'âge de dix-huit ans, effleurant toutes les con

voitises masculines, se frottant aux hommes, Le talent de Jules Case s'affine et se perfec excitant les désirs, et conservant, à défaut de tionne singulièrement à chacune des nouvelles chasteté, une inattaquable virginité, réservée à cuvres qu'il nous donne, et le romancier marche l'époux qu'elle saura cueillir dans les maisons ou victorieusement vers le succès avec une assu on la reçoit. Sensuelle, pas jolie, mais voluprance de plus en plus persuasive. Toutes les qua tueuse d'airs et de façons, de bouche et d'æil, lités qui se trouvaient en germe dans ses volumes elle appartient à la race de ces singesses qui de début, maintenant mûries, semblent toutes grisent et affolent le mâle mieux que les beautés prêtes de toucher à leur complet développement. impeccables et correctes; Paul Catrousse, reChez lui la pensée s'est élevée, l'analyse s'est poussé par sa cousine Stella, agrippé par Marthe, faite plus profonde, plus incisive, allant fouiller adorera celle-ci, se fera aimer d'elle et ne sortira aux plus intimes replis du caur, aux plus téné de l'aventure que marié. Dans Charles Fanti, breuses circonvolutions du siège de l'âme. Le l'écrivain a esquissé une silhouette très vraie de style si souple, si frais, si simple, si charmant, a l'homme de lettres moderne, aux prises avec la acquis un mordant et une force qu'on ne lui con pauvreté, avec l'éditeur, avec les tentations de naissait pas : on sent que l'écrivain possède ad l'argent plus facile au moyen de concessions à

E. A.

faire au public. Au milieu du roman bourdonne du livre, l'auteur, usant du droit du romancier, le tapage louche des affaires financières, la ru a groupé des personnages du plus haut intérêt, meur malsaine de la Bourse, représentée par le des figures connues de la politique, s'aidant des père Lemeillan et par ce colonel Révil, cinquan événements inoubliables de ces derniers temps tenaire retraité qui épousera Stella.

pour augmenter l'intérêt de son ouvre, et grouC'est là non seulement le roman le plus âpre et pant habilement les faits récents auprès des faits le plus puissant de Jules Case, mais un des meil anciens pour donner plus de force, plus d'émoleurs romans de ces derniers temps, une cuvre tion à l'ensemble. C'est pourquoi l'on retrouvera qui achèvera d’établir la réputation méritée de là des scandales dont nous sommes encore boucelui qui l'a tracée d'une plume consciencieuse, leversés, des silhouettes gravées dans tous les implacable et forte.

souvenirs, à côté de la cantinière de la commune,

Aurélie Vidalin, visiblement inspirée de Louise Étude de Femmes, par ANDRÉ MELLERIO, Paris,

Michel, le frère de Costalla, maître Morgan, au A. Lemerre, 1889. Un vol. in-18 jésus, - Prix:

physique et au moral, portrait saisissant du fa3 fr. 5o.

meux député tombé d'une des plus hautes situa

tions en entraînant le chef de l'État dans sa chute. Il y a un joli sentiment d'art dans les cinq Sur l'ensemble du roman flotte l'image douce et Études de Femmes que vient de publier André charmante de celle qui fut l'Égérie du grand Mellerio, et on y retrouve cette distinction, cette homme. Fin de rêve, écrit d'une plume élégante, élégance, que nous avions déjà remarquées dans tantôt ardente et passionnée, tantôt poétique et

On suit avec intérêt le déroulement très simple des la manière dont l'ouvre a été conçue, que par les histoires d'amour contées par l'écrivain et se souvenirs qu'elle ravive, que par les belles pages poursuivant à travers des paysages adroitement ou flambe le plus pur patriotisme, et par le caresesquissés. Peut-être seulement abuse-t-il du pro sant parfum d'amour qui se dégage çà et là des cédé artistique préconisé dans sa préface, et sa pages entre les péripéties de l'action. préoccupation de la Tache brillante donne-t-elle à sa littérature sensationniste les défauts princi

Double, par FRANCIS POITEVIN, Paris, A. Lemerre, paux de l'impressionnisme en peinture, le papil

1889. Un vol. in-18 jésus. Prix : 3 fr. 50. lotage des couleurs et des formes poussé à l'excès. Nous pourrions aussi relever dans le style Un brouillard épais cachant le ciel, cachant la fréquence trop grande de certains mots, de l'horizon, masquant la masse générale des choses, certaines tournures, de certaines manières de et au sein duquel s'agiteraient de vagues et pâles commencer les phrases, qui se répètent à quel- fantômes, sans contours précis, sans voix, sans ques lignes de distance; mais ce sont là de petites couleur, telle est l'impression bizarre et désanégligences faciles à corriger et qui n'enlèvent gréable causée par le nouveau livre de M. Francis rien à l'allure générale de ces nouvelles, d'une Poictevin. On ne sait ni où l'on est ni où l'on va, gracieuse et attrayante venue.

ni ce que l'auteur veut dire; cà et là, au milieu

de l'épaisseur hallucinante de la brume, on perFin de Rêve, par Georges Duruy, Paris, Paul çoit quelque chose; on cherche à voir mieux, on Ollendorff, 1889. Un vol. in-18 jésus. Prix:

essaye de comprendre, déjà le mur floconneux, 3 fr. 50.

mouvant, s'est refermé et l'on se heurte à de l'im

palpable, à du néant. Ce n'est ni un roman, ni C'est tout un coin d'histoire contemporaine une ceuvre philosophique, ni une peinture vique Georges Duruy enferme dans ce roman si vante, c'est une suite de petits tableaux informes, curieux et si moderne qu'il intitule Fin de Rêve. à peine indiqués d'une plume qui s'arrête à miPrenant pour héros la magistrale figure du grand chemin, une série de paysages inquiétants par tribun patriote Gambetta, aisément reconnaissable leur trompeuse apparence de réalité, par le comdans Michel Costalla, il le montre dans le dernier mencement de lignes qui y est indiqué, de lignes épisode de sa vie, montant au pouvoir pour en fuyantes ou brisées avant l'éclosion complète, tomber bientôt et mourir d'une mort presque disparaissant ainsi à l'improviste sans jamais mystérieuse, emporté en pleine fin de drame, au aboutir. A l'incompréhensible, au torturant tormilieu d'une auréole énigmatique. Autour de tillé de ses précédents volumes, M. Francis Poiccette figure principale, si vivante, si agissante tevin paraît avoir voulu ajouter encore, en plonqu’on la croirait voir aller et venir à travers les geant le tout dans l'obscurité d'insondables différentes scènes, tendres,glorieuses ou tragiques l brumes; il est dangereux de le suivre à travers

G. T.

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G. T.

cette fantasmagorie. C'est en vain que nous avons ducteur, refuser de partager sa pauvreté et préessayé de pénétrer dans le brouillard dont il s'en- férer la mort. Les hésitations de l'heure suprême, veloppe jalousement, en dieu de l'Iliade, et nous les angoisses qui précèdent le suicide sont peintes laissons aux Edipes le soin de déchiffrer ce avec un véritable talent qui fait subir au lecteur sphinx de la littérature moderne.

le contagieux frisson de cette lutte et l'amène

tout remué à l'expiation suprême. Six nouvelles Le Veu d'une morte, par Émile Zola, Paris,

également traitées avec le même bonheur comG. Charpentier et C, 1889. Un vol. in-18 jésus. plètent ce joli volume que des illustratations de - Prix : 3 fr. 50.

Duez, de Jeanniot, de Fraipont accompagnent,

soulignent et mouvementent; nous croyons que L'éditeur Charpentier vient de rééditer pour ce ne sera pas là l'ouvre la moins attrayante du la satisfaction des curieux le premier livre romancier connu, car il s'est affirmé, dans ce d'Émile Zola, le Væu d'une morte; il ne saurait volume, nouvelliste ému, original et attachant. être question de donner ici l'analyse de cette euvre de jeunesse, qui ne faisait nullement augurer de l'avenir du maître. Nous croyons qu'il a voulu se donner le plaisir de montrer à ses

DERNIÈRES PUBLICATIONS admirateurs l'énorme distance qui sépare ses dé

OUVRAGES SIGNALÉS buts de la place qu'il occupe aujourd'hui, à la tête de la littérature. Les gourmets de lettres Les femmes de Paris, par Montjoyeux. Paris, trouveront un vif intérêt à le constater en reli

Ollendorf. Un vol. in-18. Prix : 3 fr. 50. sant cette cuvre que beaucoup ignorent et qu'on

Mon Oncle et mon Curé, par Jean de la Brete. a bien fait de nous redonner.

Paris, Plon et Cie. Un vol. in-18. Prix : 3 fr. 50.

Madame d'Épone, par Brada. Paris, Plon et Cie. Mariage riche, par Hector Malot, Paris,

Un vol. in-18. - Prix: 3 fr. 5o. Marpon et Flammarion, 1889. Un vol. illustré, Madame Mathurin, par Jérome Monti. Paris, B. in-18 jésus. — Prix : 3 fr. 5o.

Simon. Un vol. in-18. - Prix : i fr. 50.

Chochotte, par Alexis Bouvier. Paris, Marpon et Mariage riche est une étrange et saisissante Flammarion. 2 vol. in-18. Prix : 3 fr. 5o. histoire; en même temps qu'elle nous montre une

Marie Bas-de-Laine, par Fortuné du Boisgobey. étude passionnelle contée avec art, elle éclaire

Paris, Plon et Cie. Un vol. in-18. Prix: 3 fr. 50. d'un jour spécial le cœur de la jeune fille, cette

Le Vou d'une Morte, par Émile Zola. Paris Suzanne, qui s'est laissé séduire par un garçon Charpentier. Un vol. in-18. - Prix: 3 fr. 5o. riche, dans le but et l'espoir de se faire ainsi

Mariage Riche, par Hector Malot. Paris, Marpon épouser forcément et de sortir de la situation mo

et Flammarion. Un vol. in-18. Prix: 3 fr. 50. deste et monotone à laquelle la contraint le peu de

L'Avenir d'Aline, par Henry Gréville. Paris, fortune de ses parents. Hector Malota choisi pour Plon et Cic. Un vol. in-18. Prix: 3 fr. 50. cadre de ce drame à la fois émouvant et inquiétant

Sous l'Empire, par Marcelin. Paris, Victor-Havard, le petit port de Diélette, près de la falaise de Flam

1889. Un vol. in-18 jésus. - Prix: 3 fr. 50. manville, en face de Jersey et des Écrehons. C'est

Le Père Anselme, par le Comte A. de Saintlà, entre la mer et le ciel pour ainsi dire, que se Aulaire. Paris, Victor-Havard, 1889. Un vol. in-18 débat la jeune fille, là que se déroulent les péri- | jésus. Prix': 3 fr. 50. péties fort simples de sa tragique aventure et que Bruno-le-Fileur, par Joseph Reinach. Paris, Vicnous la voyons, en apprenant la ruine de son sé

tor-Havard, 1889. Un vol. in-18 jesus. – Prix : 3 fr. 50.

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nous, c'est

Pensées et Essais, par Jesse SHEPARD. Paris, | incontestables, un esprit très fin et très français,

Librairie documentaire; 1889. Un vol. in-18 de courts échantillons des ouvres les plus imporjésus.

tantes de notre temps. C'est bien la Bataille lit

téraire que Philippe Gille, avec l'art charmant Essays and Pen-Pictures, by Jesse SHEPARD. et éclairé qui lui est propre, étale sous nos yeux, Paris, Symonds; 1889. Un vol. in- 18 jésus. faisant maneuvrer les écrivains des différentes

écoles les uns en face des autres, opposant les M. Jesse Shepard vient de faire paraître deux réalistes aux spiritualistes, les romantiques aux volumes, l'un en anglais, l'autre en français, des naturalistes, et complétant admirablement son plus curieux et qui sont comme un symptôme intéressant volume par le compte rendu sagace caractéristique de la préoccupation nouvelle des et l'exposé des ouvrages de toute sorte, compris jeunes esprits à l'étranger aussi bien qu'en France; sous le titre de littérature historique, philosoc'est par des œuvres de critique que nos jeunes phique et documentaire, où l'on retrouve les gens débutent à présent chez

par

des mémoires d'Odilon Barrot, la correspondance de Pensées et Essais, par des Essays and Pen-Pic- Balzac, les lettres de Mérimée, le Napoléon de tures que M. Jesse Shepard débute en littérature, Stendhal, Michelet, Maxime Du Camp, Froâprement préoccupé de l'Idée, de la Philosophie, mentin. de l'Esprit, et prenant ainsi sa part du réveil Comme nous l'avons dit, ce livre n'est pas seud'âme qui souffle en ce moment sur nous et que lement une réunion d'articles bibliographiques Gustave Flaubert semble avoir prévu, comme en concernant tous les noms glorieux de la littérafait foi l'une des lettres de sa correspondance. ture moderne, c'est en même temps une œuvre La même préoccupation métaphysique se retrouve à portée philosophique de haute importance, par dans chacun des sujets intéressants traités par l'idée qui a présidé à sa formation. Le groupelui, aussi bien dans la première partie du volume ment raisonné des noms, le choix délicat des spécialement consacrée aux Pensées, et prouvant cuvres étudiées, parmi lesquelles domine natuun esprit délicat, éclairé, très tourmenté par les rellement le roman, qui sera peut-être plus tard problèmes littéraires, par les idées d'impression- le meilleur cours d'histoire, la plus exacte peinnisme, de pessimisme et d'art, que dans la ture de nos meurs et de notre vie, montrent la deuxième, Essais, où nous trouvons des études préoccupation toute littéraire de l'auteur; sans sur Wagner, Shakspeare, Byron, Carlyle, Tolstoï, parti pris, avec le plus intelligent, le plus louable Victor Hugo, Goethe, etc., etc., pleines de souffle éclectisme, il a voulu surtout soumettre au lecet de science. M. Jesse Shepard mérite d'être teur le fidèle exposé de notre situation, de nos signalé à nos lecteurs, à nos lettres, comme un variations, de nos progrès, de nos luttes dans le penseur, un philosophe et un artiste.

domaine de la pensée. Aux Goncourt, à Zola, à

Daudet, à Flaubert, classés parmi les soucieux La Bataille littéraire, par PHILIPPE GILLE

de l'observation, de la vie réelle, du document (1875-1878). Paris, Victor-Havard; 1889. Un

parfois brutal, il oppose tous les épris d'idéal, vol. in-18 jésus. – Prix : 3 fr. 50.

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d'imagination, de poésie, comme Dumas fils,

Feuillet, Cherbuliez, de Banville; il débute en Voici l'un des plus curieux et des plus pré- 1875, à l'époque où naît le naturalisme, où la cieux recueils que l'on ait jusqu'ici donnés sur lutte s'engage sérieusement et croît peu à peu, notre grand mouvement littéraire contemporain; plus ardente, plus violente, à mesure que les il a cela de particulièrement original qu'il nous années marchent, que de nouveaux adhérents se présente, à côté de l'analyse critique sobrement joignent à Zola, que des jeunes se révèlent. . résumée avec une justesse de vue, une expérience Ce premier volume, qui s'arrête en 1878, et

G. T.

dans lequel on voit l'Assommoir, la Fille Élisa, , tophane se fait moins âpre, moins cruellement le Nabab s'avancer contre Thérèse, les Amours agressif. Je pense que la vérité doit passer avant d'une femme, l'Idée de Jean Têterol, est comme tout, et qu'il faut savoir gré à M. Couat d'avoir la première partie, les préliminaires foudroyants précisé le degré de bonne foi d'Aristophane. de cette campagne énorme qui va gagner, s'éten- L'auteur nous montre qu'au point de vue de la dre, envahir la France, l'étranger et embraser comédie ancienne, faite de personnalités directes, tous ceux que tourmente la noble fièvre des le poète, ayant à combattre toutes les nouveaulettres; nous le signalons à tous les passionnés tés, dans la religion, la pensée, la littérature d'art, à tous les lettrés, à tous les bibliophiles, aussi bien que dans la politique, trouvait en mais aussi à tous les lecteurs qui, en ce volume, Socrate le seul type possible d'une comédie diritrouveront un régal varié, unique, par le choix gée contre les sophistes. Les autres novateurs merveilleux des passages cités, donnant une rare qui professaient à Athènes n'étaient point citoyens saveur au livre, le rendant amusant, pittoresque, de la ville; et, de plus, la figure de Socrate, uniet en faisant le résumé exact de tous les talents versellement populaire, se prêtait on ne peut et de tous les genres de notre littérature con- mieux à une puissante caricature. Il faut convetemporaine.

nir qu'Aristophane est de fort mauvaise foi dans

la façon dont il présente Socrate; mais il est Aristophane et la Comédie ancienne, par

bien probable aussi que la haute valeur du grand E. COUAT. Chez Lecène et Oudin. Un vol.

moraliste lui échappait comme à l'immense ma

jorité de ses contemporains. Je ne vois rien à Il est malheureusement assez rare de trouver redire à ce jugement de M. Couat sur l'illustre réunis un vrai sens littéraire et une érudition comique : grand poète, âme moyenne. Rien n'est solide. On peut compter les travaux remarquables plus sagace et plus délicat que l'analyse faite par à ce double point de vue. Les plus distingués de le critique des croyances d'Aristophane. Charge nos universitaires nous ont donné pourtant quel- de défendre la vieille religion comme les meurs ques livres excellents sur la littérature grecque; antiques, Aristophane était un homme nouveau; je citerai en première ligne les travaux de M. Jules et, s'il respecte profondément les divinités proGirard et de MM. Croiset. L'Aristophane de tectrices de la cité, s'il a parfois une religion M. Couat n'a pas une moindre valeur au point inspirée qui s'exhale en un lyrisme digne de de vue de la sûreté dans l'érudition et de la dé- Pindare, il n'en est pas moins gagné par l'esprit licatesse du goût; et je trouve chez l'auteur, avec du siècle et par ces nouveautés qu'il combat; il de hautes qualités de pensée, un sens profond de ne peut se tenir de parler sans respect des plus la vie. C'est, en effet, une antiquité bien vivante grands dieux, et les arguments qu'il met dans la que nous fait connaître M. Couat, et non pas

bouche des impies sont souvent plus forts que une antiquité de marbre, pure et froide. Il a en- les siens propres. De même, il a plus d'affinité visagé l'euvre d'Aristophane dans ses multiples réelle avec cet Euripide, si cruellement bafoué rapports avec la société de son temps; et il a su par lui, qu'avec le vénérable et grandiloque être évocateur en gardant l'impartialité. L'admi- Eschyle; il a une façon bien ambiguë de défendre ration du critique pour le poète est profonde; et de couronner le vieux poète. elle reste entière sans qu'il néglige de discuter Le résumé trop rapide que je viens de faire du et de réduire à sa juste valeur le jugement pas- livre de M. Couat inspirera, je l'espère, à nos sionné que porta le grand comique sur la démo- lecteurs le désir de le lire eux-mêmes; ils y troucratie athénienne. Les conditions dans lesquelles veront autant de plaisir que de profit. se produisit la comédie antique, la nécessité où Nul pédantisme n'en gâte les rares qualités; et se trouvaient les poètes de soutenir quand même quand l'auteur y rappelle les origines de la cole parti oligarchique sont nettement mises en médie ancienne et son naturalisme puissant, lumière dans le livre de M. Couat. Si Aristophane lorsqu'il y étudie le rôle des femmes dans la (dont l'auteur s'occupe surtout, bien qu'il cite société ou dans la comédie attiques, il est aussi fréquemment des rivaux) ne sort point diminué loin de la pruderie que de l'indécence. Je ne sais en tant que poète de ce pénétrant examen, il point d'ouvrage qui donne une impression plus faut avouer que l'homme y perd quelque chose. vivante de la grande cité hellénique au temps

de Il n'en garde pas moins sa claire vision des dan- sa merveilleuse efflorescence, entre son âge hégers qu'offrait la démocratie triomphante, quel-roïque et sa décadence rapide. ques indignations de bon aloi, un sincère et noble patriotisme en face des malheurs de la cité. Il faut remarquer aussi qu'en vieillissant, Aris

M. B.

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