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chrétiens ignorants et sauvages qui proscrivaient jadis les hérétiques au lieu de les réfuter, ils invoquent la loi, de préférence à la science, pour avoir raison des aberrations du socialisme.

Il m'a semblé que l'hérésie socialiste exigeait une autre réfutation et la propriété une autre défense.

Reconnaissant, avec tous les économistes, la propriété comme la base de l'organisation naturelle de la société, j'ai recherché si le mal dénoncé par les socialistes, et que nul, à moins d'être aveugle ou de mauvaise foi, ne saurait nier, j'ai recherché si ce mal provient, oui ou non, de la propriété.

Le résultat de mes études et de mes recherches a été que les souffrances de la société, bien loin d'avoir leur origine dans le principe de la propriété, proviennent, au contraire, d'atteintes directement ou indirectement portées à ce principe.

D'où j'ai conclu que la solution du problème de l'amélioration du sort des classes laborieuses réside dans l'affranchissement pur et simple de la propriété.

Comment le principe de la propriété sert de base à l'organisation naturelle de la société; comment ce principe n'a pas cessé d'être limité ou méconnu; quels maux découlent des blessures profondes dont

on l'a crible; comment enfin l'affranchissement de la propriété restituera à la société son organisation naturelle, organisation équitable et utile par essence, telle est la substance de ces DIALOGUES.

La thèse que j'entreprends de soutenir n'est pas nouvelle; tous les économistes ont défendu la propriété, et l'économie politique n'est autre chose que la démonstration des lois naturelles qui ont la propriété pour base. Quesnay, Turgot, Adam Smith, Malthus, Ricardo, J.-B. Say ont passé leur vie à observer ces lois et à les démontrer; leurs disciples, MM. Mac Culloch, Senior, Wilson, Dunoyer, Michel Chevalier, Bastiat, Joseph Garnier, etc., poursuivent avec ardeur la inême tâche. Je me suis borné à suivre la voie qu'ils ont tracée.

On trouvera peut-être que j'ai été trop loin, et qu'à force de vouloir me tenir dans le droit chemin des principes, je n'ai pas su éviter l'abîme des chimères et des utopies; mais il n'importe ! j'ai la conviction profonde que la vérité économique se cache sous ces chimères et sous ces utopies apparentes; j'ai la conviction profonde que l'affranchissement complet, absolu de la propriété seul peut sauver la société, en réalisant toutes les nobles et généreuses espérances des amis de la justice et de l'humanité.

LES

SOIRÉES DE LA RUE SAINT-LAZARE.

INTERLOCUTEURS :

Un conservateur. Un socialiste. -

Un économiste.

PREMIÈRE SOIRÉ E.

SOMMAIRE : Position du problème social.- Que la société est gouvernée

pur des lois naturelles, immuables et absolues. - Que la propriété est
la base de l'organisation naturelle de la société. Definition de la
propriété. Énumération des atteintes actuellement portées au
principe de la propriété.

LE CONSERVATEUR.
Débattons ensemble, sans passion, les problèmes re-
doutables qui ont été soulevés dans ces derniers temps.
Vous qui faites une guerre acharnée aux institutions ac-
tuelles, vous qui les défendez, sous réserves, que voulez-
vous donc?

LE SOCIALISTE,
Nous voulons reconstruire la société.

L'ÉCONOMISTE.
Nous voulons la réformer.

LE CONSERVATEUR.
O rêveurs, mes bons amis, je ne demanderais pas

mieux, si cela était possible. Mais vous poursuivez des chimères.

LE SOCIALISTE.

Eh ! quoi, vouloir que le règne de la force et de la ruse fasse enfin place à celui de la justice; vouloir que le pauvre cesse d'être exploité par le riche; vouloir que chacun soit récompensé selon ses æuvres, est-ce donc poursuivre une chimère?

LE CONSERVATEUR. Cet Idéal que tous les utopistes se sont proposé depuis le commencement du monde ne saurait malheureusement être réalisé sur la terre. Il n'est pas donné aux hommes de l'atteindre !

LE SOCIALISTE. Je crois tout le contraire. Nous avons vécu jusqu'à ce jour au sein d'une organisation sociale imparfaite, vicieuse. Pourquoi ne nous serait-il pas permis de la changer ? Si la société est mal faite, disait M. Louis Blanc, ne pouvons-nous donc la refaire? Les lois sur sur lesquelles repose cette société gangrenée jusqu'à la moelle des os, sont-elles éternelles, immuables ? Nous qui les avons jusqu'à présent subies, sommes-nous condamnés à les subir toujours?

LE CONSERVATEUR. Dieu l'a voulu ainsi.

L'ÉCONOMISTE. Prenez garde d'invoquer le nom de Dieu en vain. Êtesvous bien sûr que les maux de la société proviennent véritablement des lois sur lesquelles la société repose ?

LE SOCIALISTE, D'où viendraient-ils?

L'ÉCONOMISTE. Ne se pourrait-il pas que ces maux eussent leur origine dans des atteintes portées aux lois fondamentales de la société?

LE SOCIALISTE.
La belle apparence que ces lois existent!

L’ÉCONOMISTE. Il y a des lois économiques qui gouvernent la société, comme il y a des lois physiques qui gouvernent le monde matériel.

Ces lois ont pour essence l'Utilité et la Justice. Ce qui signifie qu'en les observant, d'une manière absolue, on est sûr d'agir utilement et équitablement pour soi-même et pour les autres.

LE CONSERVATEUR. N’exagérez-vous pas, un peu ? Y a-t-il bien véritablement, dans les sciences économiques et morales, des principes absolument applicables à tous les temps et à tous les lieux. Je n'ai jamais cru, je l'avoue, aux principes absolus.

L'ÉCONOMISTE.
A quels principes croyez-vous donc ?

LE CONSERVATEUR. Mon Dieu ! je crois avec tous les hommes qui ont observé de près les choses de ce monde que les lois de la justice et les règles de l'utilité sont essentiellement mobiles, variables. Je crois, en conséquence, qu'on ne saurait baser aucun système universel et absolu sur ces lois. M. Joseph de Maistre avait coutume de dire : Partout j'ai vu des hommes, mais nulle part je n'ai vu l'homme. Eh! bien, je crois qu'on peut dire, de même, qu'il y a des sociétés, ayant des lois particulières, appropriées à

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