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PARIS
LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE ET Cie

108, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 108

Au coin de la rue Hautefeuille.

1881
Tous droits réservés

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K-BF311

INTRODUCTION

I

La vérité est chose purement relative. Ce n'est que la force avec laquelle une notion s'impose à notre esprit; c'est, en d'autres termes, l'intensité des faits de conscience. L'ensemble de nos idées, de nos opinions, de nos connaissances est, pour chacun de nous, un système de phénomènes intellectuels qui se déterminent les uns les autres : les uns s'excluent, les autres s'impliquent; les uns se gênent, les autres se soutiennent. A l'intérieur de chacun de nous, se produit une sorte de concurrence vitale entre les idées, un combat pour l'admission et la conservation. Deux notions contradictoires ne peuvent coexister simultanément dans l'intelligence, et quand l'une d'elles s'impose à la conscience, soit par sa force propre, soit par celle qu'elle reçoit d'un groupe d'autres idées auxquelles elle se trouve associée, elle exclut comme fausse celle qui lui est opposée. Les divers degrés de croyance correspondent aux différents degrés d'intensité de ces faits de conscience, depuis la certitude irrésistible des faits dont le rejet, c'est-à-dire la négation, est impossible pour

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DUMONT,

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l'esprit, jusqu'aux divers degrés de probabilité des faits dont la négation est seulement difficile ou pénible à différents titres.

Si nous laissons momentanément de côté l'élément métaphysique de la pensée dont nous parlerons plus loin, nous trouvons que les faits qui s'imposent avec le plus de force sont les perceptions. Ce sont véritablement les faits régulateurs avec lesquels toutes les autres notions, sous peine d'être exclues comme fausses, sont tenues de se mettre directement ou indirectement d'accord. Aucune idée ne peut prévaloir contre la force d'une perception, chez celui du moins qui en est actuellement le sujet. Mais en dehors des perceptions actuelles, certaines conceptions de l'imagination, certaines représentations, s'imposent aussi avec une force très-considérable dont elles sont le plus souvent redevables à des perceptions passées ou possibles. Chaque impression des sens laisse en général, quand on y a fait une attention suffisante, une habitude derrière elle; et ce qui a été associé dans une perception, se retrouve associé dans la représentation avec un degré de force difficile à surmonter. Ainsi s'explique la croyance à l'existence du passé et du monde extérieur. La croyance au passé n'est que le degré de force avec lequel la notion d'une date, étrangère au moment actuel, se trouve associée aux autres éléments d'une conception; la croyance l'existence du monde extérieur est la force avec laquelle la notion d'un lieu hors du champ des perceptions actuelles, est associée aux autres éléments d'une représentation !. On appelle enfin faits d'expérience toutes les idées que nous pouvons vérifier, c'est-à-dire rendre évidentes à volonté; ce sont toutes celles que nous sommes capables, en remplissant un certain nombre de conditions connues, de faire devenir des objets de perception. Une conception qui n'est fondée ni directement ni indirectement sur aucune

1. Voyez notre étude sur la Théorie de l'intelligence, d'après M, Taine, dans la Revue politique et littéraire, 24 mai 1873.

CERTITUDE ET HYPOTHÈSES

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perception, qui ne renferme aucune détermination précise de temps ni de lieu, n'est que la notion d'une chose possible; c'est une pure hypothèse à laquelle peut s'attacher un certain degré de croyance, mais qui ne pourrait devenir certaine qu'à la condition d'être vérifiée par l'expérience.

Les sciences ne sont que la systématisation de tous nos faits de conscience, faits de simple observation, faits d'expérience et hypothèses. Il y a à la vérité aujourd'hui un certain nombre de savants qui voudraient complétement bannir l'hypothèse et renfermer leurs études dans les seules données de l'expérience et de l'observation. Jusqu'à quel point une telle exclusion est-elle légitime ou favorable au progrès de l'esprit humain ? C'est une question que nous sommes obligé de poser, parce que nous craignons d'être accusé d'avoir, dans les théories que nous avons à développer sur le plaisir et la douleur, péché contre les principes et la méthode de la philosophie scientifique et positive, non-seulement en accordant une place trop large à certaines hypothèses, mais surtout en admettant la Métaphysique, que beaucoup de savants voudraient rejeter comme ne reposant que sur des hypothèses d'une vérification impossible.

L'homme est doué d'un besoin instinctif, héréditaire, de s'expliquer le monde et d'expliquer sa propre existence. On pourra condamner cet instinct, on ne le détruira jamais. Là où les explications expérimentales font défaut, l'esprit humain est irrésistiblement porté à en concevoir d'hypothétiques, explications provisoires et précaires sans doute exposées à être détruites même par d'autres hypothèses également provisoires, mais qui néanmoins ont assez de force pour régner dans l'intelligence jusqu'à ce qu'elles se trouvent en contradiction avec des faits d'expérience ou que la découverte de l'explication véritable les ait rendues inutiles.

L'hypothèse a donc pour rôle de remplir provisoirement les lacunes de la science et de la philosophie. C'est elle qui

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